Elite de  bons mots

Concerti op.7 & 10 de Jean-Marie Leclair

Au milieu du XVIIIe siècle, tous les violonistes connaissent bien le nom de Leclair, puisque c’est elle qui prend en charge la publication de leurs oeuvres. Elle grave entre autres la musique d’Aubert, de Barrière, de Stamitz et de Tartini. C’est donc une personnalité incontournable de la vie musicale parisienne, qui se distingue par la clarté et l’élégance de sa gravure.
À l’âge de 30 ans, Louise Roussel (1700-1774) épouse Jean-Marie Leclair (1697-1764). Mlle Roussel – devenue Mme Leclair – assoit son art en gravant la musique de son mari et de ses contemporains. Le violoniste affiche d’ailleurs fièrement son nouveau mariage sur la page de titre de ses opus III et V : Sonates […] gravées par Mme Leclair son Épouse.


Jean-Marie Leclair est avant tout danseur. Après une enfance passée dans les rubans et les dentelles de son père – qui est passementier à Lyon, mais aussi maître à danser et symphoniste – il bénéficie de son enseignement. Cela lui permet d’être embauché à Turin en qualité de maître à danser dès 1722. Comme tout bon maître à danser, Jean-Marie joue du violon pour accompagner la danse, et il semble avoir un talent particulier pour l’instrument. Son maître Giovanni Battista Somis (1686-1763) l’encourage à se désengager de sa carrière de danseur au profit de celle de violoniste. Cela ne fait que confirmer une tendance du jeune homme qui avait déjà publié, en 1723, un premier opus de sonates pour violon et basse continue.


À l’image de nombre de ses prédécesseurs (comme l’allemand Heinrich Schütz (1585-1672) ou le français Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)), Leclair voyage et enrichit son langage au contact des italiens, qui jouent un rôle considérable sur la musique en Europe. Il est le premier en France à publier un opus de concertos pour le violon (à l’exception, en 1735, de ceux pour quatre violons de Jacques Aubert). Ses opus VII et X (respectivement en 1737 et 1745) sont un manifeste pour la virtuosité et l’expressivité du violon.

Programme

Jean-Marie Leclair (1697-1764)

Ouverture, Simphonie de Scylla et Glaucus, Gavotte, Sarbande Op.6

Concerto pour violon N°1 en Ré mineur Op.7

Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755)

Concerto pour Violoncelle Op.26

Jean-Marie Leclair (1697-1764)

Sarbande Op.6

Concerto pour violon N°6 en Sol mineur Op.10

Durée : 1:30 avec entracte

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Album à paraître en 2022
 

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Si l’enseignement de Somis et de Pietro Antonio Locatelli (1695-1764) – rencontré à deux reprises lors de ses pérégrinations – a probablement été déterminant dans ses travaux tant au plan de la composition que de la virtuosité, c’est cependant à son contemporain André Chéron (1695-1766) que Jean-Marie Leclair dédie son premier opus de concertos (opus VII) : « Mon cher ami […] qu’il me soit permis de dire ici que [si le public y trouve] quelques beautés, je les dois aux savantes leçons que j’ai reçues de vous. Je suis et serai toute ma vie avec la même amitié et la même reconnaissance, mon cher maître, vôtre très humble et très obéissant serviteur. J.M. Leclair »


Le violoniste aurait donc quelque ami parmi ses confrères, ce dont ne témoigne pas le mauvais caractère que lui attribuent ses biographes. En effet, notre musicien, qui tient la dragée haute à ses collègues violonistes, a refusé de partager le poste de premier violon à la Chambre du roi avec son rival Jean-Pierre Guignon (1702-1774). Ils avaient obtenu en même temps le brevet de symphoniste de la Chapelle royale et de la Chambre, mais Leclair, ne voulant pas s’abaisser à tenir le poste de second violon, avait préféré quitter son poste, abandonnant du même coup le prestige associé à la musique du roi (cependant, un « traité de paix » arrangé par le maître de Chapelle lui permettra de conserver une partie de sa charge).


Le Sixième concerto de l’opus X est un défi lancé à ses contemporains. Quarante-cinq ans après la publication de l’opus V de Corelli, Leclair démontre qu’il a assimilé cette virtuosité italienne. Il initie un nouveau langage violonistique, proprement français, virtuose sans être exubérant, et soignant la mélodie sans renoncer à l’ornement. Si Leclair est la figure majeure du violon français, c’est qu’il a ouvert son instrument à une nouvelle dimension polyphonique, qu’il gagne en tessiture, tout en conservant la ligne du chant chère au style français.

Distribution

Augustin Lusson : Violon solo / Direction

Louise Ayrton : Violon

David Rabinovici: Violon

Tatsuya Hatano : Violon / Alto
Daria Zemele : Clavecin
Yuka Saïto : Viole de Gambe
François Gallon: Violoncelle
Matthieu Lusson : Violone / Viole de gambe

Youen Cadiou : Contrebasse